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Par professeurBFM
Mulholland Drive : pacte avec le diable
(Attention - spoilers)

Quand je repense à ce film, je vois quelque chose d' à la fois magique et très sombre. C'est comme si une fumée provenant d'un lieu indéterminé diffusait lentement dans la pièce, annonçant la venue
d'un être surnaturel, un génie venu exhauser le moindre de mes désirs ? Puis, alors que ses grands yeux m'étudient, je remarque son sourire disproportionné et celà me rend inquiet sans que je comprenne exactement ce qui se passe.
Mais venons-en au film. Au début, on remarque à peine la vision brève et brouillée du personnage... Qui se couche ! On se se laisse envoûter, hypnotiser presque, par cette limousine qui avance lentement dans la nuit sur une route sinueuse. Puis brusquement nous sommes témoins d'un enlèvement, et par-dessus le marché d'un accident.
Le feu et la fumée, à la fois énergies de création et de destruction, s'échappent du cadavre de ferraille. A cet instant déjà, on peut sentir qu'une force étrange est à l'oeuvre.
Sur le plan formel rien à dire, chaque scène du film est construite avec une précision hitchcockienne. Les plans, les couleurs et les sons
possèdent une esthétique diabolique et semblent suivre une symbolique mystérieuse.
Celà pourrait nous alerter : nous ne sommes pas dans la réalité, mais nous la voyons au travers d'un prisme
fantasmatique. Toute la première partie du film est effectivement un rêve où les désirs et les craintes inconscients sont les véritables acteurs qui
remanient les souvenirs. Or ces souvenirs comportent, nous le verrons, une part particulièrement douloureuse. Des forces magiques sont à l'oeuvre pour dissimuler, ou contrefaire, une terrible réalité et la remplacer par un beau rêve.
Mais le mal, bien qu'invisible, est présent à chaque instant, en négatif, pour témoigner de ce qui s'est vraiment passé. Il se tient juste derrière un mur qui représente la limite du monde visible. De son poste, c'est comme si il observait constamment les personnages, ce qui crée une tension palpable, une énergie qui est en même temps le moteur de l'histoire.

Ainsi, l'univers auquel nous sommes confrontés dans cette partie du film est scindé en 2 : une partie visible qui n'est qu'un décors, une illusion, et une partie invisible qui lui est symétrique, et qui oeuvre souterrainement.
L'équilibre entre ces deux pôles se déplace alors par glissements successifs. Nous sommes à nouveau dans la situation du héros de Blue Velvet dont l'intense curiosité lui permet de découvrir l'envers du décors. C'est ainsi par exemple que l'histoire nous dévoile l'existence d'une sorte de mafia liée à Hollywood, et peut être d'un complot plus vaste...
Il se crée une sorte de vertige quand le rideau s'entrouvre sur un mal dont l'emprise semble incommensurable. Et une tristesse profonde aussi, comme si Dieu avait définitivement abandonné la Terre.
Cet enfer est pourtant une composante nécessaire, qui ne peut être effacée de la réalité.
Plus loin dans M.D., il arrive un moment où, à force de développements et de glissements, l'équilibre du rêve change. La structure duale du monde ne peut plus tenir et sous la pression du mal, une faille se glisse dans l'univers magique.
Une nuit en effet, les personnages découvrent leur amour mutuel. Peu après quoi ils se rendent dans la nuit au club Silencio, une mystérieuse réminicense, pour assister à un étrange spectacle.
Ce lieu fait la jonction entre le rêve et l'éveil.
C'est une frontière dans laquelle réside de façon concentrée le sentiment sous-jacent, noyau du rêve.
Le spectacle nous présente une vérité, bien qu'encore symbolisée, mais sous une forme émotionnelle brut. C'est le retour du sentiment refoulé, mais toujours comme quelque chose de dissocié, de distinct du personnage. Il s'exprime sur la
scène du club à travers la chançon d'une femme : "Llorando", en espagnol, une ultime tentative d'évitement. Mais les paroles sont claires : elle pleure son amour perdu. La femme s'effondre ensuite comme si elle avait été vidée : le malheur l'a anéantie.

Ce point névralgique trouvera son explication, sa cause, dans les événements réels antérieurs au rêve relatés dans la suite du film, sous forme de flashbacks.
L'émotion intense qui s'est produite est une impasse dans le coeur et l'âme du personnage. Au-delà du club Silencio il n'y a que le néant, ou cette fumée qui compose les chimères.
Dans son rêve, le personnage s'est efforcé de rejouer la pièce de sa vie, tout en restant sur cette scène même.
C'est ainsi que nous avons assisté à une inversion des rôles, une amnésie etc. Tout ça pour en revenir au thème véritablement important : l'amour, et par suite à sa conséquence, la douleur.
Au réveil cette douleur est insupportable pour le personnage. En effet, dans la suite du film, ce dernier ne peut que se remémorer tout d'abord les circonstances dans lesquelles elle a eut le coeur brisé.
Cette histoire commence par la limousine que nous suivons sur une route ténébreuse...
Puis, le personnage se souviendra qu'elle a commandité le meurtre de son amour, désespérée qu'elle était.
Mais quand elle comprend que son projet a été réalisé, la folie apparaît pour la persécuter dans la dernière scène où le personnage met fin à ses jours. Ce n'est qu'à ce moment que les vapeurs du désir inextinguible et de la douleur inapaisable, ces deux facettes complémentaires, sont enfin libérées
du corps du personnage.
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